Remixer et concevoir un jeu de plateau sur l’open access

Remixer et concevoir un jeu de plateau sur l’open access

Je m’intéresse au jeu en bibliothèque depuis longtemps, même si tout cela a commencé par un canular. Je suis d’un œil attentif les créations du Service commun de documentation de Guyane et reste admiratif du travail réalisé par Marie Latour et Caroline Boiteux (Open Strategist, Open Researcher, Fastoche HAL, License to kill)

Lorsque l’Université de La Réunion a annoncé, en interne, sa participation à la Nuit européenne des chercheurs, ce fut l’occasion de : représenter le SCD durant cet événement, créer un premier jeu orienté recherche et diversifier le contenu des formations proposées aux doctorants. Ce jeu devait en priorité être proposé à ce public durant les formations annuelles du printemps, son utilisation lors de la Nuit des chercheurs servant d’échéance pour sa création et de test grandeur nature.

Remix et conception

L’Université d’Huddersfield a publié un jeu sur l’open access en 2017, placé sous licence Creative Commons BY-NC (citation, non-commercial) l’année suivante. Ce jeu m’a d’abord plu par son plateau, coloré et épuré.

The Game of Open Access – Plateau – University of Huddersfield

Le principe est simple : faire le tour du plateau en jetant les dés, répondre aux questions lorsqu’on tombe sur une case « Carte OA » (OA card), conserver la carte si on a la bonne réponse et suivre les instructions des autres cases qui vous ramènent peu ou proue sur les cases « Carte OA ». Le joueur qui finit le tour avec le plus de cartes gagne la partie.
Les parties sont rapides (entre 5 et 15 minutes), les règles compréhensibles et le jeu encourage les échanges avec les chercheurs autour des thématiques de l’accès ouvert.

Cependant, le jeu ne me satisfaisait pas totalement. Les cases Actions visibles pour les joueurs ne laissaient pas assez de mystères et de variété à mon goût. J’ai donc continué mon exploration et suis tombé sur le Jeu de l’OA (disponible sous licence CC Attribution-Non commercial), développé par Romain Ferret, Célia Guérineaud et Audrey Soëte de Lilliad, le learning center de l’Université de Lille.

Le plateau du jeu de l’OA – Lilliad

Il ne s’agit pas d’un simple jeu de l’oie sur la science ouverte. Le jeu lillois propose également d’évoluer dans une réplique en 3D du learning center, le set met à disposition les différents étages à réaliser à la découpeuse laser.
Là aussi, on lance le dé pour avancer et on tire des cartes Questions ou des cartes Surprises selon la case sur laquelle on atterrit. Les cartes Questions disposent de deux niveaux de difficultés : Découverte et Avancé.

Les cartes Découverte vous demanderont par exemple :

Une revue en Open Access est accessible gratuitement. Vrai ou Faux ?

ou encore

Quel objet symbolise l’Open Access ?

Les questions Avancé peuvent être ardues sans être dénuées d’humour

Quelle différence y a-t-il entre un embargo et une barrière mobile?

Citez deux critères qui justifient de ne pas diffuser des données de recherche issues d’un appel à projet H2020

Qu’est-ce qu’un éditeur prédateur ? a – Un éditeur dont les coûts de publication sont exorbitants. b – Un éditeur sans rigueur scientifique. c – Un éditeur qui mange des chercheurs.

Les cartes Surprises quant à elles vous feront avancer, rejouer ou reculer selon votre chance tout en valorisant espaces et services du learning center :

L’article que vous cherchez n’est pas accessible en ligne. Passez votre tour.

Votre éditeur se plaint que l’un de vos articles soit accessible sur ResearchGate. Reculez de 3 cases

Grâce aux données de recherche que vous avez diffusées en ligne, un chercheur vous contacte et des perspectives de collaboration s’ouvrent. Rejouez

La diversité des cartes est un des points forts du jeu. J’ai donc emprunté une partie des énoncés tout en ajoutant quelques nouvelles cartes, toujours dans le même esprit.

Touche personnelle

Manquait plus qu’une touche personnelle. Les questions sur l’open access posées dans les deux jeux sont des points très souvent abordés en formation. Nos interventions visent justement à proposer des réponses et des solutions face à ces problèmes. Pourquoi ne pas intégrer cette dimension dans le jeu ? C’est chose faite avec des cartes Joker mélangées aux cartes Surprises. Si vous avez déjà joué au 1000 bornes, vous connaissez les Bottes, ces cartes qui annulent les effets indésirables que vos adversaires vous lancent.

Voici quelques cartes Joker créées :

Carte Joker
Carte Joker

Les cartes Joker ne peuvent être jouées qu’une seule fois, à l’exception de la carte Services à la recherche qui protège le joueur de toutes les embûches pendant la durée de la partie (oui, les services à la recherche sont le cheat code de la communication scientifique :).

Les cartes (mauvaises) Surprises affichent le pictogramme du Joker correspondant :

Pour en finir avec le matériel, le service reprographie de l’Université nous a imprimé en 3D, 4 pions dessinés par mes soins (un peu fragile dans sa partie supérieure néanmoins).

Pion imprimé en 3D

Réception par le public

Le premier test du jeu lors de la Nuit européenne des chercheurs s’est particulièrement bien passé. Un public varié et intrigué était au rendez-vous et je bénéficiais d’une place bien en vue. Le plateau, comme prévu, a attiré les passants. J’ai assuré 8 parties accueillant enseignants-chercheurs, adultes en visite, lycéens, collégiens et même des enfants entre 7 et 10 ans ! Pour ces derniers, j’ai bien entendu simplifié les questions les plus faciles. Les plus rapides à compléter le tour et répondre correctement aux questions ne furent pas les enseignants-chercheurs !
Les explications délivrées à chaque tour ont nourri les discussions autour de l’édition scientifique et de l’open access. Le public n’avait pas forcément conscience des enjeux économiques, sociaux et scientifiques cachés derrière ces domaines.

Les premières parties ont aussi révélé quelques problèmes d’équilibrage dans les cartes Surprises (un ratio carte Surprises/Joker peut-être trop élevé) et d’énoncés questions/réponses pas assez explicites pour certaines cartes.

Le jeu ré-intitulé Libérez la science! est disponible sous licence Creative commons (CC BY-NC) sur Zenodo (plateau au format A2 + sets de cartes + règles du jeu).

2 réactions au sujet de « Remixer et concevoir un jeu de plateau sur l’open access »

  1. Génial ! Merci pour ce partage.
    Par contre, j’ai du mal à imaginer une réponse claire à la question sur la différence barrière mobile / embargo… Une idée de formulation ?

    1. Je dirais qu’un embargo s’applique à un document et représente une durée fixe de non-accès. La barrière mobile s’applique plutôt à des publications en série et représente une durée de non accès qui va suivre la parution des nouveaux numéros… mais je ne sais pas si je suis convaincant 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *