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Journal du Congrès IFLA 2015 à Cape Town

Posté dans Aut'trucs.

Hall du centre des congrès

Hall du centre de convention ; Crédit : NA

J’ai eu le privilège d’assister, en voisin, au congrès de l’IFLA qui se déroulait à Cape Town, Afrique du Sud, du 15 au 21 août 2015.

J’ai pu y participer grâce à une bourse du Comité français international Bibliothèques et Documentation (CFIB) qui œuvre depuis de nombreuses années pour, entre autre, permettre à des professionnels français et francophones de se rendre au congrès phare de l’IFLA. Mon établissement a également participé à mon au voyage en prenant en charge l’inscription au congrès et l’adhésion à l’IFLA.

 Complètement novice de ce genre d’évènements, je vais essayer de transcrire ici ma compréhension de ce rassemblement et de ses enjeux.

 

Jour 1 – L’importance des Standing Committees

Le congrès a débuté pour moi le samedi 15 par les réunions des Standing committees ou comités permanents (SC). L’IFLA est composée de plusieurs dizaines de sections (marketing, livres rares, catalogages, évaluation, etc.). Elles représentent les forces vives de la Fédération puisqu’elles produisent et diffusent largement leurs réflexions et travaux à travers le réseau, via des newsletters, des pages Facebooks ou tout autre moyen de communiquer.
Les SC ont aussi pour mission de préparer le congrès suivant en proposant une conférence de 2 ou 3 heures. S’ils sont vraiment dynamiques, ils organisent des satellite meetings en dehors du congrès pour présenter des travaux plus approfondis.
Réunion IFLA KM

SC Knowledge Management ; Crédit : Emilio Sim

J’ai assisté à deux SC – histoire de me rendre compte de la manière dont ils fonctionnent: Évaluation et statistiques et Knowledge management. Le dynamisme des SC dépend beaucoup du responsable (ou Chair) élu par les membres et de la composition du groupe. Les réunions durant le congrès (Business meeting) servent surtout à faire le point sur l’avancée des travaux de l’année et à accueillir les nouveaux membres, renouveler ou élire les officers (chair, secretary, information coordinator).

 

Le samedi se tenaient également les caucus, rassemblements des participants par langue ou zone géographique. Le caucus francophone regroupait des bibliothécaires du Canada, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, d’Égypte, de Belgique, de Madagascar et bien d’autres pays. L’actualité de l’AIFBD (association internationale francophone) et du CFIBD a été abordée ainsi que différents sujets comme le multilinguisme au sein de l’IFLA qui semble problématique (l’anglais devient de plus en plus prégnant, les autres langues officielles de la Fédération perdant du terrain). Ce fut aussi l’occasion de saluer les collègues réunionnais !

 

Jour 2 – Pata Pata et co-design finlandais

Le congrès a vraiment commencé le dimanche avec la réunion des newcomers, les nouveaux congressistes. Assez déçu par cette première conférence où je m’attendais à des éclaircissements sur l’énorme machine organisationnelle qu’est l’IFLA : quelle structure décisionnelle ? quels liens entre divisions et section ? Rien de tout ça. Ce furent plutôt des conseils pratiques à l’issue desquels nous devions recevoir un ruban « First timer » (que j’ai soigneusement évité).

 

Comme dans toute manifestation internationale d’envergure, nous avons pu assister à une cérémonie d’ouverture avec l’allocution de la Présidente Sinnika Sipilä, des interventions des représentants des bibliothèques locales, ainsi que des personnalités politiques de Cape Town et du Ministère de la culture sud-africain.

Opening session

CC by-sa : Natalia Molebatsi (IFLA)

 

En fil rouge et en clôture de session, un show fut présenté avec une conteuse retraçant à sa manière l’histoire de l’Afrique et de l’Afrique du Sud, une chanteuse (a priori célèbre) et un groupe avec chœur de jeunes qui ont repris des titres connus (Pata Pata de Myriam Makeba, un medley des tubes de Johnny Cleg et quelques hits du Roi Lion). Ce fut assez cliché mais plutôt enthousiasmant comme début de congrès.

 

Les conférences ont débuté juste après avec une première session au titre trompeur « the WOW factor ! What makes a great public library ? » Qui s’est avérée être une remise de prix de la meilleure bibliothèque publique (le vainqueur est la bibliothèque de Kista en Suéde).
La session suivante sur la conception et l’architecture des bibliothèques modernes fut nettement plus intéressante. On a pu y apercevoir le meilleur support de présentation du congrès (Audio-Spatial Co-design of Library Spaces. Implications from Case: Vantaa par J.Tuomas Harviainen et Harri Pikka) qui mêlait avec subtilité slides et vidéos d’ambiance de la bibliothèque. De quoi se rendre réellement compte de ce qui se passait dans l’établissement qu’ils décrivaient.

 

cfibd

Réunion des boursiers CFIBD Crédit : NA

Après l’ouverture du salon professionnel (petits fours et réseautage), les boursiers du CFIBD étaient conviés à une réunion sur la stratégie à adopter par l’association : meilleure communication sur ses actions, élargissement des évènements éligibles aux bourses, motion pour le renforcement du multilinguisme au sein de l’IFLA …

 

Jour 3 – Mesures et données

Le congrès IFLA connait parfois des incohérences en matière d’organisation. Ainsi, deux conférences sur des sujets semblables étaient organisées à la même heure, le même jour :

  • Measuring the Impact of Access to Information and Development – Mesurer l’impact de l’accès à l’information et au développement. Organisée conjointement par les Sections Library theory et research et Evaluation & Statistics
  • What is value ? – Qu’est-ce que la valeur. Organisé conjointement par les comités Management & Marketing, Research Libraries et le groupe d’intérêt spécial sur les E-metrics.

J’ai assisté à la première tout en suivant la seconde sur les réseaux sociaux grâce, notamment, au live-tweet de Silvère Mercier, membre de la section Marketing.

Sur des sessions aussi longues (2 ou 3h) avec autant de speakers (jusqu’à 8 ou 9), les interventions sont forcément inégales. Celles de Mesurer l’impact furent de bonnes factures dans l’ensemble, particulièrement la première partie avec des interventions passionnantes sur l’évaluation des projets financés par la fondation Bill et Melinda Gates (fondation qui a cessé de financer les projets liés aux bibliothèques récemment). Les projets financés ont fait l’objet d’une évaluation très pointue mais aussi d’un gigantesque rassemblement de données sur l’amélioration de la vie des personnes bénéficiaires. Ce hub de données (accès sur inscription !) se veut également un outil de data visualisation et d’infographie, pour aider à convaincre les dirigeants et tutelles.

Ces deux sessions portaient sur des sujets en vogue depuis 2-3 ans : le calcul de la valeur et de l’impact des bibliothèques et de leurs actions sur l’environnement qui les entoure . En quoi les bibliothèques améliorent-elles l’accès à l’information, et même la vie de leurs usagers ? comment les bibliothèques participent-elles à la réussite des étudiants ? etc.
Une norme ISO 16439  sur les méthodes de calcul de l’impact des bibliothèques a récemment été publiée ( mais bien trop coûteuse pour être diffusée largement).
Si on ne devait souligner qu’un élément de cette conférence, c’est qu’au final, ce ne sont pas les chiffres qui importent le plus, ce sont les histoires personnelles derrière ces chiffres et ce sont celles que nous devons capter et raconter lorsque nous défendons l’action de nos institutions.

 

Autre sujet ayant le vent en poupe, les données de la recherche, c’est à dire toutes les données produites par les chercheurs dans le cadre de leurs travaux scientifiques. A l’avenir, ces données seront de plus en plus structurées, enrichies, exposées et accessibles afin de vérifier la reproductibilité des résultats, condition indispensable de toute recherche. Cette thématique a fait l’objet de plusieurs sessions, dont l’une à laquelle j’ai assisté Construire des ponts entre données de la recherche et bibliothèques. Les exemples présentés (Canada, Afrique du Sud, États-Unis, LIBER) montraient comment les bibliothèques se sont emparées de ce sujet pour accompagner les chercheurs dans des Plans de gestion des données.

 

Atelier AIFBD/CIFBD

Atelier AIFBD/CIFBD

Le lundi s’est terminé tardivement avec un atelier commun AIFBD/CFIBD afin de réfléchir à certains points comme le multilinguisme ou la défense du rôle des bibliothécaires. Toujours intéressant de confronter son expérience avec des collègues francophones.

 

Jour 4 – Apartheid, café et dancefloor

DistrictSix2Mes deux derniers jours de présence ne comportaient pas d’interventions aussi pertinentes que celles du lundi. J’ai profité de la matinée pour visiter le District Six Museum, lieu de mémoire d’un quartier à forte majorité noire et « coloured » (tel que les métis étaient appelés au temps de l’apartheid) qui fut totalement rasé et vidé de ses habitants suite au passage d’une loi décidant que le quartier serait désormais uniquement blanc. Témoignages poignants et scènes de la vie quotidienne en font un musée assez attachant malgré son côté artisanal.

 

KMCafé

Table thématique du Knowledge Café. Crédit Emilio Sim

Puis direction le centre des congrès où j’ai participé au Knowledge Café organisé par les Sections Knowledge Management et Bibliothèques parlementaires, une sorte de camp, moment moins formel que les Business meetings ou les conférences. 12 thématiques liées aux enjeux du Knowledge management réparties sur 12 tables. 20 minutes d’échanges sur la perception et l’expérience des 7-10 participants puis on change de table en même temps que de thématique. Un modérateur était présent pour impliquer les participants et faire le liant entre chaque session.

J’ai ensuite visité le coin des posters de l’IFLA (plus de 140 !) relatant des travaux, services ou promotion des bibliothèques (le poster gagnant).

Nous attendions surtout la Cultural Evening, soirée phare de l’IFLA, avec buffet, show et DJ, qui débutait un peu plus tard. Cet événement fut encore l’occasion de rencontrer des collègues de différents pays, de discuter des plats servis avec les bibliothécaires sud-africains ou de féliciter des collègues pour la qualité de leur présentation vue quelques jours plus tôt. Tout était prétexte à rencontres, échanges et ouvertures sur d’autres cultures professionnelles, ce fut pour moi la plus grande réussite de cet événement.

 

 Jour 5 – Signal de fin et Ferrero

SignalHill2000

Cape Town vu de Signal Hill, Table Mountain en face

Après un tour sur Signal Hill, colline surplombant Cape Town, faute de pouvoir rejoindre Table Moutain, trop venté, il était temps de profiter de mes dernières sessions. L’enchaînement des conférences, les interventions en anglais et le déficit de sommeil ont tout de même pesé sur les organismes et la faculté à rester attentif jusqu’au bout.

Change and sustainability – Breaking paths for a world of balance organisé par la Section Knowledge Management, décidément très active sur ce congrès.

Surprise Yourselves! New Models of Reference and Information Services, conférence de la Section Reference and Information Services fut remarquable par la variété et la qualité des interventions. La session se voulait un panorama des nouveaux dispositifs de renseignement dans des contextes difficiles : la révolution des tournesols à Taipei, le complexe terrain nigérian, le déficit de bibliothèques scolaires en Afrique du Sud ou l’effondrement des demandes de renseignement dans les bibliothèques universitaires australiennes.

Après l’inévitable assemblée générale, aux modalités de vote si particulières, la délégation française s’est réunie sur invitation du Consulat français en Afrique du Sud (pas de Ferrero, terrible déception). Ambiance feutrée pour fin de congrès.

Ce que je retiens

  • Le Congrès de l’IFLA est un évènement à faire au moins une fois dans sa vie, il s’en dégage une énergie et un optimisme revigorant et tellement peu français quant à l’avenir des bibliothèques, je n’avais pas ressenti cela lors d’autres congrès
  • Côtoyer les collègues francophones au sein du CFIBD fait prendre conscience de la situation menacée de notre langue dans des zones géographiques à forte majorité anglophone (Afrique subsaharienne, Québec)
  • Le congrès m’a permis de mettre des visages, des voix et des histoires sur des pseudonymes Twitter, ma principale ressource d’échanges professionnels
  • Participer activement à un Standard Committee ne semble pas vraiment reconnu comme élément déterminant d’une carrière professionnelle en France. J’ai l’impression que ça l’est plus à l’étranger.  Néanmoins, cela reste particulièrement enrichissant aussi bien en connaissances qu’en relations professionnelles
  • Malgré une criminalité bien présente (plusieurs délits recensés sur des collègues durant le congrès), Cape Town est une ville agréable avec une population très ouverte.
  • Pour cette première participation, j’ai eu la chance d’être accompagné par Julien Sempéré dont c’était le troisième congrès. Sa connaissance des arcanes de l’institution et des membres furent précieuses pour mon adaptation. Je l’en remercie une nouvelle fois.
  • Le CFIBD fournit un travail exceptionnel en permettant à des professionnels de tous horizons d’enrichir considérablement leur expérience en participant à ce congrès
  • La position d’observateur ne permet pas de profiter pleinement du congrès. S’investir dans une section et participer aux réflexions en cours dans un Standing Committees semble plus efficace. Ces derniers recrutent régulièrement de nouveaux membres mais cela nécessite un engagement à participer aux réunions et congrès suivants. Engagement difficile à tenir dans des petites structures.
Tous les articles des interventions sont disponibles au moins en anglais sur l’archive ouverte de l’IFLA. Le congrès a eu un large écho sur les réseaux notamment Twitter avec le hashtag #wlic2015.

Mandiaye Ndiaye, conservateur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar revient sur son expérience du congrès 2015.

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2 réponses

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  1. Chaimbault dit

    D’accord, mais… et les goodies ? Tu ramènes quoi ?

    • nicoAsLi dit

      Je ne suis pas un grand fan de goodies (ils finissent toujours pas prendre la poussière dans mon bureau). Je me suis contenté du minimum contenu dans le très joli sac en toile distribué aux congressistes.



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